Vaccins : Que la lumière soit

10475652385_7c1bba0249_bJe n’avais pas prévu de faire de billet sur les vaccins. Je suis habituellement un farouche défenseur de la vaccination. Quel médecin français a posé un diagnostic de poliomyélite, de diphtérie ou de tétanos ces 20 dernières années ? Ils ne sont pas nombreux.  Résultat de cette efficacité (?), les offensives antivaccins n’ont jamais été aussi vives. Marisol Touraine, Ministre de la Santé, a même jugé utile de lancer un débat sur le vaccin. Un débat ? Sur quoi ? Le sujet semble assez mal défini. Mais ce n’est rien de tout cela qui me pousse à écrire. 2 événements m’ont interpellé ces jours-ci : le retour devant les tribunaux de parents antivaccins et le « Dialogue avec ma fille » du Docteur Dominique Dupagne qui propose d’expliquer en termes simples pourquoi les vaccins contiennent des adjuvants. Ces 2 événements indépendants mettent en évidence un problème : la politique de vaccination manque de clarté, de transparence et de cohérence. 

Des parents antivaccins qui encourent des peines de prison alors que les maladies ont quasiment disparues, c’est disproportionné
Pour avoir refusé de soumettre leur enfant à la vaccination obligatoire, les parents Larère encourent jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 30.000 euros d’amende. Le Vice-Procureur a requis une peine de 4 mois avec sursis et 500 euros d’amende. Mais cette loi pénale et cette obligation de vaccination contre ces 3 maladies ont-elles un sens ?

Pourquoi les vaccins contre la poliomyélite, la diphtérie et le tétanos sont-ils encore obligatoires ?
Posons tout de suite le cadre : l’intérêt de se faire vacciner contre ces 3 maladies est incontestable. Mais pourquoi, en 2015, ces 3 vaccins sont obligatoires et pas les autres ? Quelles sont les raisons scientifiques ou l’intérêt de Santé Publique pour privilégier ces 3 vaccins là ?

416 cas notifiés de poliomyélite dans le monde en 2013. 0 cas en France depuis 20 ans
D’après l’InVS, le dernier cas français de poliomyélite date de 1989 et le dernier cas importé de 1995. Depuis 20 ans, il n’y a plus eu 1 seul cas de poliomyélite sur le territoire.
Depuis 2010, la polio avait disparu du continent européen pour ressurgir en 2015 en Ukraine : 2 cas notifiés.
Certes, la polio est très contagieuse, ses conséquences sont dramatiques et pour l’éradiquer, nous devons continuer à nous faire vacciner.  Mais pourquoi celle-là plutôt que l’hépatite B?
Et surtout, prévoir une sanction pénale n’est-il pas disproportionné pour une maladie qui n’existe plus sur notre territoire depuis 20 ans ?

20 cas de diphtérie en France depuis 1989 (dont 8 à Mayotte)
La diphtérie n’a pas encore disparue de France. Avec 20 cas en 26 ans, l’éradication est en bonne voie. Est-ce que cela justifie de poursuivre des parents antivaccins devant le Tribunal Correctionnel ?

Le tétanos, un risque strictement individuel
Entre 2005 et 2014, on a recensé en France 95 cas parmi lesquels 26 décès. Si cette maladie ne peut être éradiquée,  elle a néanmoins pratiquement disparu dans notre pays. De plus, il n’y a aucun risque de transmission de la maladie entre 2 humains. Le risque est strictement individuel. Les parents qui refusent la vaccination exposent « uniquement » leur enfant à la maladie et non les tiers. Alors pourquoi cette obligation ?

Pour protéger l’enfant ?
Certes, l’obligation peut se justifier dans un souci de protection de l’enfant. Mais dans ce cas, il faut poursuivre cette logique et appliquer l’obligation à toute maladie potentiellement dangereuse et contagieuse. La rougeole, l’hépatite B et la coqueluche ont des incidences et des mortalités nettement plus élevées que les 3 obligatoires. Or, c’est précisément pour la rougeole, l’hépatite B et la coqueluche que les parents ont le choix. Si l’objectif est de protéger les enfants et la collectivité, on vise très mal.

Et je vais retrouver cette incohérence dans un billet du Docteur Dominique Dupagne.

L’Eglise de Vaccinologie
Sur le site spécialisé Atoute.org le Dr Dupagne entreprend un dialogue imaginaire avec sa fille sur les adjuvants des vaccins et notamment sur l’aluminium. Et à cette occasion, il en profite pour révéler un fait peu connu : il existe dans notre pays une Eglise de la vaccinologie. Si, si. J’imagine très bien les messes tous les Mercredi (jour des enfants et puis, les vendredi, samedi et dimanche sont déjà pris). On y vénère la sainte Trinité : le Dieu de la transition épidémiologique, le petit Louis Pasteur et l’immaculé conception Edward Jenner. On y chante le gospel et l’office se termine par des vaccinations collectives. Ca à l’air très sympa.

Le Docteur Dominique Dupagne classe étrangement les vaccins
Mon incompréhension à l’encontre du Docteur Dupagne porte sur la répartition de plusieurs vaccins dans 3 catégories avec une logique pour le moins curieuse. Pour ne pas dénaturer ses propos, je préfère le citer :
“-Certains vaccins sont indispensables : polio, tétanos, diphtérie, coqueluche, rougeole, oreillons, rubéole
-Certains vaccins posent plus de problèmes qu’ils n’en résolvent : BCG, Varicelle, Rotavirus
-Les autres vaccins sont optionnels. Si tu mets un casque en plus de la ceinture de sécurité à tes enfants à l’arrière de la voiture. C’est mieux, c’est sûr, mais bon, on s’arrête où ?”

Le vaccin contre le Rotavirus, Ok. Les vaccins BCG et varicelle, ça se discute. L’absence de vaccination contre la varicelle n’est pas un problème de vaccin mais de stratégie vaccinale. Classer ainsi les vaccins BCG et Varicelle avec le Rotavirus sans explication, c’est tendancieux, et sur le profil des vaccins, et sur le profil des maladies.

Mais, là où je suis interloqué c’est sur la distinction du Dr Dupagne entre les indispensables et les optionnels. Quel est son critère de choix ? Sur quoi se base-t-il ? Il classe de fait le vaccin contre l’hépatite B dans les optionnels. Or de toutes les maladies évitables par la vaccination, c’est aujourd’hui la plus meurtrière. Comment peut-on classer ce vaccin dans les optionnels en le comparant à un casque de passager arrière.

Et c’est bien là le coeur du problème de la vaccination, on ne sait plus quel est la nature de la maladie, sa fréquence, sa dangerosité et les traitements disponibles. Nous fonctionnons tous sur les réflexes des maladies du passé avec en tête la photo de Roosevelt en fauteuil roulant. Notre rapport aux vaccins et au maladies n’est-il pas complètement faussé ?

Et un vaccin contre le VIH, serait-il optionnel ?
Imaginons qu’un vaccin contre le VIH soit disponible demain. Vous feriez vous vacciner ? La réponse est-elle évidente ? En France, le SIDA a fait 300 morts en 2011. L’hépatite B en a fait 1327 en 2004 (chiffre de l’InVS, rien de plus récent, c’est bien dommage). Pour cette maladie, il n’y a pas besoin d’imaginer un vaccin, il existe déjà.

Aux « indispensables » du Dr. Dupagne (tétravalent + ROR), ajoutons 2 optionnels (hépatite B et HiB). et regardons le nombre d’infectés par an ainsi que le nombre de morts. Ce n’est évidemment pas suffisant pour juger de l’importance ou non d’un vaccin mais les chiffres devraient vous interpeller :

Hépatite B : En 2004, environ 280 000 personnes infectées. 1327 morts. Entre 2008 et 2012, l’InVS a détecté 6000 nouveaux adultes pris en charge pour une hépatite B chronique.
Haemophilus Influenzae de type B (HiB) : 660 cas en 2013. 53 méningites
Rubéole : 13 femmes enceintes en 2012. 0 malformation foetale.
Oreillons : 5 841 cas en 2011. 0 décès
Rougeole : 23 300 cas entre 2008 et 2013 (15 000 cas en 2011). 10 décès.
Coqueluche : 428 cas en 2013. 13 décès.
Tétanos : 4 cas en 2014. 1 décès.
Diphtérie : 1 cas en 2014 (à Mayotte). 0 décès.
Polio : 0 cas (donc 0 décès) en France depuis 1995.

Comparer ces vaccins « optionnels » à un casque superflu et se demander où  doit s’arrêter la vaccination est problématique. Le Dr Dupagne laisse entendre (mais peut-être ai-je mal saisi sa pensée) que ces vaccins n’ont pas un intérêt en Santé Publique si prononcé. On se demande alors s’ils sont bien utiles.  Or le vaccin contre l’hépatite B est indispensable compte tenu de sa prévalence et de la mortalité associée. Si le vaccin contre l’hépatite B est un casque, alors c’est celui d’un pilote de Formule 1. Indispensable à sa sécurité au même titre que sa ceinture de sécurité.

Où est la cohérence de notre politique vaccinale ?
Quelle est la logique de notre distinction entre vaccins obligatoires et vaccins recommandés ? Si je suis l’analyse du Dr Dupagne, 7 vaccins sont indispensables et non pas simplement 3. Alors poursuivons cette logique et rendons ces 7 vaccins obligatoires. Et l’Hépatite B alors? Ah. Alors passons à 8. Et pourquoi pas 11, 12 ou 13 obligatoires comme dans certains pays européens ? Et pourquoi ne pas tout simplement supprimer l’obligation de vaccination et adopter un système de recommandation comme dans d’autres pays s’appuyant sur les professionnels de santé ? pour obtenir une bonne couverture vaccinale. Cette dernière option aurait également l’avantage d’arrêter de donner plus d’importance à des maladies qui ont quasiment disparu vis à vis de maladies qui sont belles et bien présentes sur notre territoire.

Revoir la manière de communiquer sur le vaccin
Le premier contact d’un parent avec la vaccination se fait par le carnet de santé. Les parents reçoivent encore en 2015 un exemplaire incluant la vaccination obligatoire…contre le BCG et un calendrier vaccinal de 2005. C’est ennuyeux. Les patients ont besoin d’une information à jour et de réponses à leurs questions.

L’étude de l’INSERM auprès des médecins généralistes avaient d’ailleurs soulignés une forte demande de formations et d’outils pour les aider à répondre aux patients hésitant à se vacciner. Avec le même objectif, le Ministère de la Santé au Canada a mis à disposition des FAQ écrites et filmés pour répondre aux principales interrogations du public.

D’autres efforts me semblent indispensables pour mieux communiquer : Collecter des données en temps réel, disposer d’un outil épidémiologique, public, à jour et facile d’utilisation, avoir un état des lieux année après année de l’évolution des maladies, de leur prévalence en France et dans le Monde, de la mortalité associée, de l’efficacité des vaccins. Les outils d’informations à mettre en place ne manquent pas.

Car à l’ère des tablettes numériques, la vaccination ne peut plus être un commandement gravé sur la pierre…ou une sentence dans un Tribunal correctionnel.


Edit 26/09/2015 : correction du nombre de cas pour la rougeole : 23 300 cas entre 2008 et 2013 (et non pour la seule année 2013). Ajout du nombre de cas en 2011 (15 000 cas). Source InVS.

 

9 Comments

  1. Très intéressante mise au point.
    Quels sont les vaccins indispensables, les vaccins utiles, les vaccins peut être intéressants?
    La vaccination est régit par deux objectifs bien différents.
    La prévention individuelle qui cherche à protéger un individu contre une maladie.
    La prévention collective qui vise à éradiquer une maladie en vaccinant une très grande partie de la population (90 %)
    Il ne semble pas aberrant qu’un vaccin répondant à des objectifs collectifs soit obligatoire, le vaccin contre la diphtérie, la polio font partie de cette catégorie.
    Un vaccin qui n’a aucun effet de prévention collective, tel le tétanos n’a en effet aucune raison d’être obligatoire, mais toutes les raisons d’être conseillés.
    Pour ce qui est de la vaccination hépatite B, il est peu vraisemblable qu’une vaccination collective induise une éradication de la maladie. Ses bénéfices restent néanmoins certains et la gravité associée à la fréquence de la maladie devrait amener à des recommandations de vaccination.
    Les rejets de la vaccination hépatite B chez des défenseurs par ailleurs de la vaccination tiennent aux errements politiques qui ont conduit à vacciner tous les adolescents en milieu scolaire avant de cesser cette vaccination de masse par crainte probablement de plaintes, non tant à cause des effets supputés que de son caractère obligatoire.
    Le scepticisme autour des vaccins est aussi lié au manque d’évaluation clinique de certains vaccins, évaluation compliquée à mettre en oeuvre mais nécessaire à une clarification.

    • Merci pour votre commentaire. Sur le court/moyen terme, l’OMS a pour objectif d’étendre la couverture vaccinale contre l’hépatite B. Mais l’éradication de l’hépatite B est bien un des objectifs à long terme. D’ici là, d’autres maladies auront disparu, j’espère, grâce à la vaccination.

  2. Je pensais en lisant le titre, que vous alliez parler des dernières données de la CNAM sur le vaccin anti HPV! Mais non.
    Bel effort de synthèse; C’est difficile de parler de vaccination sans risquer de la compromettre tant le sujet est “chaud”.
    Mon commentaire:
    Revoir la politique vaccinale oui. Discuter du bien fondé du procès non. “Dura lex sed lex ”
    Le port du casque est obligatoire en France pour les 2 roues mais pas ailleurs dans le monde. C’est comme ça. Si on aime pas on part ailleurs.
    Quand la prévention individuelle expose la collectivité il faut l’imposer.

  3. Bonjour,
    Je ne comprends rien à ce que vous écrivez.
    C’est du gloubi glouba.
    Je résume :
    1) Je suis MG et je vaccine sans me poser de questions contre D,T,P,C, hemophilus et pneu, et Ro, et O et Ru. Enfin un peu quand même sur les derniers cités.
    2) La lecture de McKeown et d’autres auteurs devrait vous persuader que c’est la pasteurisation des sociétés (lavage des mains, tout à l’égout, et cetera) qui a fait le gros du boulot en Occident pour diminuer la mortalité infantile (et qui ne le fait pas encore ailleurs) et que certains vaccins ont fini le boulot et rendu les courbes de mortalité/morbidité asymptotiques vers zéro.
    3) Mais de grâce, ne parlons pas de vaccins en général, parlons de l’indication des vaccins dans des cas particuliers et dans des zones géographiques identifiées.
    4) Dernier point : c’est la même chose avec les antibiotiques. Le RAA a quasiment disparu sans antibiotique (grace à l’hygiène) mais est devenu exceptionnel sous nos climats au point que le risque d’un RAA au décours d’une angine streptococcique est plus rare que le risque d’allergie à la pénicilline… Et les médecins prescrivent, notamment en France des kilotonnes d’AB, pour des bactéries inoffensives sous nos climats.
    Bonne journée.

    • Au vu de votre pratique, au sein de votre cabinet, vous ne vous posez pas de question pour la vaccination contre la poliomyélite, maladie disparue en France depuis 20 ans. Par contre, je crois comprendre que, dans votre pratique, au sein de votre cabinet, vous vous posez des questions sur le vaccin contre l’hépatite B alors qu’il y a des centaines de milliers de personnes infectées et des milliers de morts chaque année.
      Merci pour ce retour d’expérience.

  4. @ Administrateur.
    Je vaccine contre P car c’est obligatoire et parce que sa disparition quasi complète est sans doute liée au vaccin.
    Pour l’hépatite B, dire qu’en France il y a des milliers de morts par année est un peu audacieux.
    J’ai de sérieux doutes sur les effets secondaires du vaccin anti hépatite B mais quand la vérité se fera jour… personne ne reconnaîtra sa responsabilité.
    En Asie l’hépatite B pose un vrai problème de santé publique.
    Mais votre réflexion est intéressante.
    Mon premier commentaire était sans doute un peu agressif mais c’est parce que j’en ai assez que la question des vaccins soit toujours “sentimentale” et rarement scientifique.
    Discutons-en.
    Bonne soirée.

  5. Mon audace provient des données InVS. Je regrette que celle-ci ne soit actualisée. Selon ces données 1387 morts ont été imputables au VHB soit un taux de mortalité de 2,2 pour 100 000 habitants. (http://opac.invs.sante.fr/doc_num.php?explnum_id=3124)
    J’ai insisté en disant que la seule épidémio à l’instant t n’était pas suffisante mais devait interpeller.
    Faite la comparaison de l’épidémio (prévalence, incidence, mortalité) avec le VIH. L’hépatite B est tout à fait comparable.
    A aucun moment je n’ai fait appel aux sentiments. La vaccination demande une gestion en temps réel selon l’épidémiologie en France, dans le Monde, la couverture vaccinale, le profil du vaccin, son efficacité, le profil de la maladie.
    Mais je persiste, le vaccin contre l’hépatite B est un vaccin indispensable tant que sa prévalence, son incidence et la mortalité seront élevées. Bonne soirée.

  6. Merci pour cet article. Je vous rejoint totalement sur bien des points.
    Une analyse scientifique est toujours la bienvenue!
    (Personnellement je trouve qu’une obligation vaccinale “étendue” aurait bien des avantages, notamment concernant l’égalité de traitement dans un système tel que le nôtre. Après tout, personne ne se plaint du remboursement des frais de santé et de notre système public de soins. Au risque de sonner un peu… dure, si l’on n’accepte pas de se soumettre aux règles de la collectivité, on ne doit pas pouvoir bénéficier de ses avantages non plus… enfin cela réclame plus de la sociologie que de la science.)
    Merci pour votre blog également, je continuerai à vous lire avec plaisir et intérêt.

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