Quand le manque de lisibilité mène à la Chute du Mur de Berlin

Le 9 Novembre au matin rien n’indiquait la chute de ce Mur de la honte. L’Histoire a été profondément changé à cause d’un texte illisible. Quand le manque de lisibilité a permis de libérer les allemands. 

De nombreux allemands ont déjà perdus la vie en tentant de fuir le régime communiste. Tout moyen est bon. Même traverser la frontière entre Berlin Est et Berlin Ouest à la nage. Au risque d’être fusillé.

Pour quitter le pays, les Est-allemands doivent remplir des conditions d’éligibilité pour avoir le droit de demander un visa. Et pour les éligibles, le visa n’est pas acquis.

Interdiction d’aller en RFA sans visa

Certains voyages restent interdits. Comme par exemple le passage direct entre RFA et RDA. La Hongrie et la Tchécoslovaquie deviennent des zones tampons où les est-allemands fuyant la RDA font escale. Avant de rejoindre la RFA en passant par l’Autriche. En 1989, Hongrie et Tchécoslovaquie font face à un afflux massif d’immigrés Est-allemand.

Les Allemands de l’Est sont en protestation. Parmi les revendications, ils demandent la liberté de voyager. La Tchécoslovaquie et la Hongrie submergées mettent également la pression à la RDA.

Une conférence de presse qui va tout changer

Le 9 novembre 1989, Egon Krenz, chef du parti communiste réunit une cellule de crise. Il présente aux membres du Politbüro un projet de loi élaboré par 2 hauts gradés du Ministère de l’intérieur. Le texte prévoit d’abolir les conditions d’éligibilité (à savoir un juste motif ou une condition de parentalité). Mais le projet conserve le principe des visas. N’importe qui pourra donc en demander un pour sortir du territoire. Cette sortie reste donc soumise à une autorisation formalisée par ce visa.

« Les voyages à titre personnel vers l’étranger peuvent être entrepris sans conditions (motif du voyage et condition de parenté). Les autorisations seront données dans de brefs délais. Les services compétents de la Volkspolizei ont pour ordre d’accorder immédiatement les autorisations de quitter le territoire, même sans que les conditions pour une sortie du pays soient remplies. (…) Les sorties du pays sont possibles par tous les points de passage de la RDA vers la RFA comme vers Berlin-Ouest. »

Krenz demande ensuite à Günter Schabowski, équivalent du porte parole du gouvernement, de communiquer à la presse ces travaux. Schabowski n’était pas là quand le texte a été lu et décidé. Il n’a pas pu poser de questions ni comprendre la subtilité. Il part en conférence avec une note écrite qu’on a rédigé pour lui et qu’il doit lire. Ce texte reprend le jargon juridique.

Schabowski ne comprend pas le texte de loi, alors il improvise.

18h56. Après 1 heure de conférence, il aborde enfin cette réforme. Mais en changeant profondément le sens du texte.

« Nous avons donc décidé aujourd’hui de prendre une disposition qui permet à tout citoyen de la RDA de sortir du pays par les postes-frontières de la RDA. »

Le porte parole du gouvernement annonce dans les médias la fin du contrôle de la sortie du territoire. Schabowski dit aux journalistes que les est-allemands pourront passer la frontière entre la RDA et la RFA. Or, ce n’est absolument pas ce que dit le texte qui la conditionne à l’obtention préalable d’un visa.

Les journalistes interrogent Schabowski. A partir de quand cette disposition s’appliquera ?

Schabowski ne connait pas le texte. Il n’en a pas discuté avant. Pour répondre au journaliste, il va d’abord lire le document à voix haute : « … les voyages privés à l’étranger pourront être autorisés sans conditions particulières ou raisons familiales. Les autorisations seront délivrées rapidement… »

Schabowski semble découvrir le contenu. La question de la date d’entrée en vigueur du texte revient. Les journalistes veulent une date. Les journalistes veulent des réponses simples. Ils veulent comprendre. Schabowski devient un patient face à une notice de médicament incompréhensible. Il est perdu. Il ne comprend pas ce texte juridique abscon. Désespérément, il cherche une réponse dans ses papiers. Il n’en trouvera aucune en termes simples. Alors, à la question « à partir de quand pourra-t-on traverser la frontière », il improvise :

« Pour autant que je sache… immédiatement… sans délai. »

L’histoire en marche

Il est 19h. Il clôt la conférence de presse. En 4 minutes,Schabowski vient de changer l’Histoire. La faute à un texte illisible qu’il était incapable de comprendre.

Les journalistes envoient la nouvelle aux organes de presse. La télé reprend l’info au journal de 19h30 en RDA, de 20h en RFA. Les propos de Schabowski sont cités. La télé annonce que les est-allemands peuvent passer par le Mur de Berlin.

20h30, les premiers berlinois se massent devant le Mur. Sauf que les militaires n’ont reçu aucun ordre. Les frontières sont fermées. Les membres du PolitBuro sont toujours en cellule de crise et ne sont pas au courant de la boulette de Schabowski.

A 20h45, le Parlement Ouest-Allemands apprend la nouvelle. L’hymne allemand est entonné en séance plénière.

La foule devant le Mur est gigantesque. Les militaires, complètement dépassés, ouvrent les portes du Mur de Berlin aux plus acharnés.

22h45, le monde entier annonce l’ouverture des frontières de la RDA. Le monde entier est au courant. Sauf le Politburo.

Le Mur de Berlin est tombé. Grâce à un problème de lisibilité.


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