Pourquoi étendre l’obligation à 11 vaccins?

Lors du discours de politique générale, le Premier Ministre Edouard Philippe a confirmé l’annonce de Mme la Ministre de la Santé, Agnès Buzyn. 11 vaccins seront obligatoires pour les enfants à partir de l’année 2018. Depuis cette annonce, un vif débat a lieu dans la société entre ceux qui défendent l’obligation et ceux qui défendent la recommandation. Alors, puisque l’extension de l’obligation à 11 vaccins a désormais été actée, voici 2 billets sur le sujet pour tenter de comprendre cette décision.

 Pourquoi ce gouvernement a fait de l’obligation vaccinale une priorité ?

Le Président Macron et le gouvernement ont hérité d’une situation épineuse. Comme j’en avais parlé dans ce billet, des parents antivaccins ont été condamnés à des peines de prison pour avoir refusé de vacciner leurs enfants contre la polio, le tétanos et la diphtérie. Il avait argué que ces 3 vaccins obligatoires étaient inaccessibles. Ce qui était faux. Et que seuls accessibles contenaient des adjuvants. Ce qui est vrai. Evidemment, ces 2 arguments n’ont pas été retenus. Mais leur avocat avait soulevé un point très intéressant : ces vaccins obligatoires se retrouvent le plus souvent combinés à d’autres non obligatoire. Et l’accès aux 3 vaccins est difficile puisqu’il faut que le médecin argumente auprès du laboratoire pour en obtenir la livraison. Ce qui est vrai.

Néanmoins, au pénal, les juges n’ont pas retenu cet argument non plus et ont condamné les parents.

Mais les antivaccins n’avaient pas dit leur dernier mot. Avec l’aide de l’IPSN (l’Institut Pour la Santé Naturelle), 2300 personnes déposent des requêtes auprès du Conseil d’Etat pour exiger la mise à disposition des 3 vaccins obligatoires seuls. Ces requêtes sont entendues favorablement par le Conseil d’Etat. Comme le dira le Conseil d’Etat dans sa décision du 8 Février 2017, la vaccination obligatoire implique que « les personnes qui doivent exécuter ces obligations puissent le faire sans être contraintes de soumettre leur enfant à d’autres vaccinations, auxquelles elles n’auraient pas consenti librement ». Dès lors, le Conseil d’Etat demande à l’Etat Français de mettre à disposition du public les 3 vaccins seuls dans un délai de six mois ou… de faire évoluer la législation « en élargissant le champ des vaccinations obligatoires ».

Les antivaccins jubilent mais sans vraiment comprendre la portée de la décision

Les antivaccins, le Professeur Henri JOYEUX en tête, crient victoire ! Mais sans comprendre la décision ni ses conséquences. Ainsi, le Professeur Joyeux annoncera fièrement sur son blog:

« Les laboratoires sont donc dans l’obligation de re-fabriquer le classique DTP qui a fait ses preuves, et sans l’adjuvant dangereux qu’est l’Aluminium. Ils savent parfaitement le fabriquer et en moins de 6 mois. »

Non mais sérieusement Henri. Faut arrêter la caféine. Le Conseil d’Etat n’a pas ordonné aux laboratoires de fabriquer les 3 vaccins seuls. Elle a demandé à l’Etat de mettre ces vaccins à disposition. Et pour les adjuvants, je ne sais pas quoi te dire à part…

Le Conseil d’Etat a écarté l’argumentation pseudo-scientifique sur la dangerosité des vaccins. Et à aucun moment il ne demande à l’Etat de réintroduire les 3 vaccins sans adjuvants qui en plus ont été retirés du marché pour des problèmes de sécurité. Déjà que la vaccination ce n’est pas ton truc Henri, mais je me demande si en droit, ce n’est pas pire !

Comme je l’avais dit à l’époque sur Twitter cette décision risquait fortement de se retourner contre les antivaccins. Car l’Etat n’avait que 3 solutions :

  • Abandonner la vaccination obligatoire.
  • Augmenter le nombre de vaccins obligatoires comme le propose le Conseil d’Etat.
  • Procéder à des appels d’offre pour acheter des stocks de vaccins auprès des labos puis assurer la logistique et la distribution en officine. L’Etat se retrouve à devoir jouer les intermédiaires entre les laboratoires et les grossistes répartiteurs pour même pas 1% de la population. L’EPRUS aurait pu jouer ce rôle. Mais ça voudrait dire détourner l’objectif de l’EPRUS. Car sa fonction principale, de mon point de vue, est de répondre aux crises sanitaires et aux situations d’urgence. Pas d’utiliser ses moyens et ses ressources pour la vaccination en routine des enfants de parents antivaccins.

Mon analyse en février avait été celle-ci : si j’étais Ministre de la Santé, je choisirais l’extension de l’obligation à 6 vaccins puisque le vaccin hexavalent (DTP, Coqueluche, HiB et Hépatite B) est facilement disponible et inscrit au calendrier vaccinal. J’aurais aussi pu considérer l’abandon de l’obligation. Mais cela aurait donné raison à l’IPSN. Et j’ai ma fierté. Mais en aucun cas je n’aurais décidé de lancer l’Etat et l’EPRUS dans des appels d’offre.

Devant la décision du Conseil d’Etat, la Ministre de la Santé Marisol Touraine a tranché en laissant ce dossier brûlant et son coût politique à sa successeuse. La Ministre Agnès Buzyn a donc hérité de cette situation qui devait être tranchée en urgence sous 3 mois. Et parmi les 3 options, elle a choisi naturellement l’extension de l’obligation.

Quelles étaient les options de Mme la Ministre Agnès Buzyn?

Dès que vous avez choisi de répondre à la décision du Conseil d’Etat par l’extension de l’obligation vaccinale, la question du nombre de vaccins obligatoires se pose. Plusieurs options étaient sur la table.

1ère option : 4 ou 5 vaccins (DTP, Coqueluche + HiB)
Les vaccins tétravalents et pentavalents sont disponibles. Mais lors des pénuries, ils sont les premiers touchés car leur volume de production est plus faible puisque moins utilisé par la population. C’est donc prendre le risque de se retrouver à nouveau avec un litige au Conseil d’Etat. De plus, on enverrait comme message que le vaccin contre l’hépatite B n’est pas important puisque non obligatoire. Alors qu’il s’agit du premier vaccin à mettre sur la liste quand on regarde le nombre de personnes infectées.

2e option : 6 vaccins (DTP, Coqueluche, HiB, Hépatite B)
Solution la plus simple. On étend à 6 vaccins. On s’aligne sur le calendrier vaccinal qui recommande l’hexavalent. En plus, il est déjà largement utilisé. Les antivaccins pointeront les risques non démontrés de sclérose en plaque. On les bachera avec l’affaire Andrew Wakefield. Solution politique la plus facile. Oui mais on renvoie encore le message que les autres vaccins sont moins importants. Et on a connu récemment plusieurs épidémies de rougeole.

3e option : 9 vaccins (6 vaccins + le ROR Rougeole-Oreillons-Rubéole)
Le ROR est également largement utilisé. On répond aux problèmes d’épidémie. Mais on continue de laisser penser que les autres vaccins sont moins importants.

4e option : 10 vaccins et plus
Quitte à étendre l’obligation et à en subir le coût politique, autant y aller à fond et rendre obligatoire tout le calendrier vaccinal pour les enfants. En plus, cette option est celle retenue dans le rapport sur la vaccination publié par le Comité d’Orientation en décembre 2016. Ce rapport fait suite à la grande concertation citoyenne lancée par la précédente Ministre. Et il recommande de rendre obligatoire 11 vaccins puis d’abandonner l’obligation quand la couverture vaccinale aura dépassé les 95%.

Madame la Ministre Agnès Buzyn ne fait que suivre les conclusions du Comité d’orientation réunissant des professionnels de santé, des associations de parents et des associations de patients. Le comité avait également recommandé une clause d’exemption pour conviction personnelle qui pourrait déclencher la non-admission en collectivité. Madame la Ministre a récemment confirmé que cette clause ferait aussi partie du dispositif.

Il faut donc bien comprendre le contexte pour saisir pourquoi la Ministre de la Santé a si rapidement décidé d’étendre l’obligation vaccinale. Il est vrai que cette explication m’a pris plus de 1 200 mots. Alors que dire « c’est pour satisfaire le lobby pharmaceutique » n’en prend que 6.

(A suivre – prochain billet : l’obligation vaccinale est-elle efficace ?)

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