L’homéopathie n’a rien à faire en pharmacie

En pharmacie, l’homéopathie n’a pas sa place. Le Pharmacien est un professionnel de santé. Il est le professionnel du médicament. Il met à disposition du patient ses connaissances pour l’aider à prendre un traitement efficace dans les meilleures conditions de sécurité. Ses connaissances sont fondées sur les données de la science. Pas sur le spiritisme, la superstition ou le charlatanisme. Sur la science et rien d’autres. Le Code de Déontologie des Pharmaciens (article R4235-10 du Code de la Santé Publique) consacre le pharmacien comme un acteur de la lutte contre le charlatanisme:

« Il doit contribuer à la lutte contre le charlatanisme, notamment en s’abstenant de fabriquer, distribuer ou vendre tous objets ou produits ayant ce caractère. »

L’homéopathie, du charlatanisme ?
Or, l’homéopathie est un produit ayant ce caractère. Et c’est ainsi qu’elle est considérée dans de nombreux pays. Au Canada, aux USA ou en Australie des actions ou des procès sont intentés contre les fabricants d’homéopathie pour publicité mensongère. En définitive, nous sommes nombreux en France à demander que l’homéopathie perde son statut de médicament et sorte du monopole pharmaceutique. Ce produit n’a rien à faire derrière le comptoir d’une officine. Au mieux sa place est devant. Dans la parapharmacie. Et encore. Il n’y a pas de raison qu’on refuse la présence des fleurs de Bach dans l’officine mais qu’on tolére la présence de l’homéopathie.

L’homéopathie en pharmacie, un mariage contre nature
Alors quand une pharmacienne médiatique vient défendre sur Twitter l’utilisation de l’homéopathie en tentant une comparaison hasardeuse, ses confrères ne mettent pas longtemps à lui répondre.

Mettons de côté la comparaison avec le mariage gay. Elle est totalement inappropriée et n’a rien à faire dans ce contexte. On dira qu’il s’agit d’une maladresse. Concentrons-nous plutôt sur le fond. Nous pourrions résumer l’idée par : « pourquoi des professionnels de santé sont contre l’homéopathie alors que cela ne fait pas de mal et que des patients sont satisfaits de leur traitement?

Le pharmacien doit lutter contre le charlatanisme
Venant d’une pharmacienne, cette question est ennuyeuse car le Code de Santé Publique lui donne non seulement pour mission de lutter contre le charlatanisme mais également de ne jamais favoriser des pratiques contraires à la Santé Publique :

« Le pharmacien doit veiller à ne jamais favoriser, ni par ses conseils ni par ses actes, des pratiques contraires à la préservation de la santé publique. »

L’homéopathie n’étant pas plus efficace qu’un placebo, conseiller et vendre de l’homéopathie contrevient gravement aux principes de l’article R4235-10. L’utilisation de l’homéopathie est une perte de chance pour le patient. On pourra ainsi évoquer le cas de cet enfant en Italie, traité par homéopathie, et mort d’une otite.

Et je n’oublie pas les vaccins homéopathiques. J’aime beaucoup les vaccins homéopathiques vous savez. Car ils sont l’illustration de l’incohérence de l’Agence du Médicament face à l’homéopathie. D’un côté, elle approuve le nom de vaccin homeopathique et donne une autorisation à ce produit. Et de l’autre elle publie en 2009 et en 2016 des alertes sur les risques de confusion avec les vrais vaccins. Félicitons l’Agence pour ce grand écart.

Les granules homéopathiques sont des médicaments 
Et on touche là au noeud du problème. L’homéopathie a le statut de médicament. L’homéopathie doit obtenir une autorisation de l’Agence du médicament. Mais contrairement aux autres médicaments, le processus d’autorisation est très simplifié. Surtout si le médicament homéopathique ne proclame aucune indication thérapeutique. La législation spécifie que l’homéopathie répond à un besoin de tradition. A ce titre, le dépôt d’une goutte d’eau sur une bille de sucre permet au laboratoire d’obtenir le statut de médicament. Et c’est ainsi que la législation française et la législation européenne (Directive 2001/83) ont donné à ce charlatisme une assise pseudoscientifique. En donnant ce statut à un produit qui n’a aucune indication.

Or, en obtenant le statut, l’homéopathie entre automatiquement dans le monopole du pharmacien français. Et elle décroche le graal de toute pseudo-science : obtenir une crédibilité scientifique grâce à son association aux professionnels de santé. L’image de la blouse blanche lui donne une crédibilité que les autres pseudosciences n’ont pas. C’est pour cela que l’homéopathie est la médecine « alternative » la plus utilisée.

Des médicaments sans aucune indication
Les fameuses granules sont donc des médicaments. Même sans avoir la moindre indication. C’est la magie de la tradition.

 Source: Boiron.fr

C’est au professionnel de décider de l’indication. Alors imaginez moi demain en officine. Un patient me demande de l’homéopathie pour son rhume. Je pourrais choisir son tube selon cette méthode.

Au petit bonheur la chance. Et pourquoi pas après tout ? Cette méthode correspond à l’autorisation donnée par l’Agence. Et le pharmacien pourra vous raconter n’importe quoi. De toute maniere, c’est lui qui décide de l’indication. Personne ne pourra contredire ma méthode dite de la roue de la fortune. Pas même l’Ordre des pharmaciens censé sanctionner le charlatanisme au sein de la profession. Car au final, comme dirait un enfant de 2 ans pour tenir tête à ses parents : C’EST MOI QUI DECIDE.

La médecine des monuments

Et quand on parcourt le catalogue des fabricants d’homéopathie, on tombe sur de drôles de granules qui devraient finir de vous convaincre sur le charlatanisme de cette « médecine alternative ». Par exemple, ce fabricant a décidé de vous vendre des préparations à base de monuments historiques ! Là, le Mur de Berlin.

Le remboursement par la Sécurité Sociale, un autre point à considérer
Car l’homéopathie est remboursée par la Securité Sociale. Or, les dépenses de santé sont financés par la collectivité. C’est à dire chacun de nous. Les citoyens sont en droit d’attendre que l’argent soit dépensé avec efficacité. Difficile de faire coller le qualificatif d’efficacité a un placebo qui s’est couvert d’une théorie fumeuse remettant en cause les lois de physique. Et nous sommes nombreux à penser que l’argent public doit financer des traitements ayant démontrer un service médical rendu suffisant. Et non pas une fumisterie scientifique.

Combien coûte les médicaments homéopathiques à la collectivité ?
Pas très cher. Il faut l’avouer.

Dailleurs, j’aimerai casser un mythe vivace sur le remboursement de l’homéopathie. Un chiffre circule évaluant ce remboursement à plus de 700 millions. Vous imaginez ? C’est énorme. Sauf que ce chiffre est faux. Il vient d’un article de l’UFC Que Choisir qui donne des chiffres plus bizarres les uns que les autres.

Ces chiffres farfelus sont repris assez régulièrement en évoquant le nombre d’infirmières qu’on pourrait embaucher.

En realité, le remboursement de l’homéopathie par la Securité Sociale a été en 2011 d’environ 70 millions d’euros. Et non pas 700 millions ou 780 millions. Mais il faut reconnaitre que les chiffres sont difficiles à trouver.

Quant au marché de l’homéopathie en France (remboursable et non remboursable), il tournerait aux alentours de 200 millions d’euros.

Alors ramenés aux 257 milliards des dépenses de santé, le remboursement de 70 millions d’euros pour l’homéopathie ne forme pas une somme importante. Mais il n’empêche. On ne peut pas accepter ce gaspillage. Et nous sommes plusieurs pharmaciens à imaginer que cette somme serait mieux utiliser ailleurs. Ainsi, le Collectif de Pharmaciens (auquel j’appartenais jadis) avait demandé la suppression du remboursement de l’homéopathie pour consacrer cet argent à financer l’opinion pharmaceutique et le refus du hors AMM.

Côté UFC-Que Choisir, on évoquait le recrutement de 12 000 infirmières. Bon, ceci dit, en plus de se planter d’un facteur 10, l’UFC a estimé le salaire (charges comprises) d’une infirmière à 60 mille euros. Mais l’idée est là. Cet argent pourrait être mieux utilisé ailleurs.

Après, puisqu’on en vient à se demander combien d’aide soignantes ou d’infirmières la collectivité pourrait payer en plus avec les 780 millions de l’homéopathie (qui en réalité sont 70), j’aurais aimé que cette question se pose aussi quand la collectivité a décidé de donner 1 milliard d’euro en plus aux médecins. Car avec un milliard, je suis sûr qu’on aurait pu en embaucher des infirmières ou des aide-soignantes. Bien plus qu’avec les 70 millions de l’homéopathie. On aurait aussi pu augmenter le salaire des infirmières, des aide-soignantes et des sage-femmes. Mais on a préféré donner 16 mille euros en plus à chaque médecin généraliste. Mais je m’égare. Ceci est un autre débat. Et il ne faudrait pas que j’en vienne à trop diluer mon billet sur l’homéopathie.


Edit (05/08/2017) : Hasard de l’actualité, le NHS, l’équivalent de la Sécurité Sociale au Royaume Uni, a décidé de ne plus rembourser l’homéopathie. Elle considère que le remboursement de ce placebo n’a pas de justification. L’argent public doit être utilisé pour des traitements qui ont démontré leur efficacité. L’homéopathie n’en fait pas partie.

Dans la même période, en Australie, un rapport officiel sur l’industrie pharmaceutique recommande de bannir l’homéopathie des pharmacies. Pour les mêmes raisons invoqués dans ce billet.

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