Les touchers vaginaux sans consentement : ça continue !

Fin janvier 2015, j’ai découvert  6 carnets de stage en gynécologie et en urologie. Ces carnets, destinés à évaluer les étudiant(e)s en médecine, donnent à penser que ceux et celles-ci sont incité(e)s à réaliser des touchers vaginaux ou rectaux, à titre de formation, sur des patient(e)s endormis au bloc opératoire.  Face au tollé, le ministère de la santé a simplement rappelé le Droit en vigueur :  que tous les soins, notamment ceux réalisés à titre de formation, doivent faire l’objet d’un consentement préalable et express.

Comme je l’ai expliqué dans le billet “Libérez Les Carnets !”, la réaction de l’Ordre à l’époque n’a pas été à la hauteur :

« Si des faits de cette nature s’étaient produits, l’Ordre ne doute pas un instant que des professionnels de santé, infirmiers, aides-soignants, travaillant au sein de cet établissement auraient saisi les instances compétentes. »

Le déni.

Devant des documents officiels. Le déni. La méconnaissance de la pression continue exercée sur les étudiants qui interdit dans les services toute dénonciation de collègues, à fortiori professeurs. Aucune plainte ! Donc, ça n’existe pas, circulez ! Et arrêtez de taper sur les médecins ! La défense de la corporation malgré la quantité de preuves qui s’accumulent et au mépris des principes fondamentaux de prudence, de recherche et de droit. Le déni face à des actes relevant de la qualification pénale du viol. J’espérais de l’Ordre une réaction forte et univoque, similaire à celle de l’Ordre des médecins britanniques, rappelant les règles de respect des patients. Elle n’est jamais venue.

Et du côté des Facultés de Médecine ?

La déception est tout aussi grande. Aucune mesure de prévention de telles pratiques n’a été définie et communiquée publiquement. Aucune formation de formateurs. Aucune charte. Aucun mode d’emploi à destination des étudiants sur “qui appeler si jamais ça se produit de nouveau”. Même pas de rappel à l’ordre à l’égard de tous ces médecins, professeurs compris, qui ont eu le toupet de défendre publiquement le principe selon lequel il serait inutile, exagéré ou pudibond de demander l’accord de madame avant qu’un(e) étudiant(e) en médecine pénètre son vagin. Le seul changement que j’ai noté chez certaines facs ? Les carnets de stage sont devenus inaccessibles aux citoyens. Retirés d’Internet, histoire de ne plus avoir d’ennui.

Alors j’ai lancé l’opération Libérez Les Carnets !

J’ai demandé aux facultés de me fournir ces documents officiels. Je n’ai fait qu’exercer un de mes droits de citoyen, consacré par le Code des relations entre le public et l’administration.

Aucune fac n’a respecté son obligation de me communiquer ces documents. Encore un droit élémentaire pour lequel on doit se battre.

J’ai donc saisi la CADA qui m’a donné raison et a intimé aux facultés l’ordre de m’adresser ces documents.

Or à ce jour, j’ai reçu les carnets d’environ 1 fac sur 3.  2 tiers des facultés ne m’ont toujours rien adressé.

Alors quand certains me demandent en privé si ces pratiques continuent, je n’ai malheureusement pas de grandes illusions sur le sujet.

Les touchers vaginaux effectués sans consentement sur des patientes endormies continuent

Et il suffit de lire des étudiants en médecine sur Twitter pour savoir que cette pratique est toujours d’actualité dans les hôpitaux.

Combien de temps va-t-on accepter de voir des médecins formateurs apprendre aux étudiants que les patients sont de simples objets d’études dépourvus de droits ? Quand intégreront-ils les droits élémentaires des patients dans leurs propres pratiques et leurs exigences ? Quand vont-ils cesser de demander aux étudiants de pratiquer des viols sous couvert d’apprentissage ? Car c’est bien de viols dont il s’agit. Combien de temps les Universités vont faire la politique de l’autruche sur ce sujet ? Combien de temps l’Ordre des médecins, censés garantir aux patients le respect de leur droits et la qualité des pratiques, va-t-il continuer à se comporter comme un syndicat de défense de cette corporation ?

Déjà en 2015 et 2016, il suffisait de lire les commentaires sur Facebook des étudiants en santé pour comprendre que ces pratiques existaient toujours. Et pas que dans des grands CHU parisiens (voir les témoignages en fin de billet).

Il est temps d’en finir avec ces pratiques d’un autre siècle.

C’est pourquoi j’appelle les facultés de médecine à :

  • Publier immédiatement tous les carnets de stage des étudiants (externes et internes).
  • Adopter et rendre publique une charte sur le respect du consentement des patients tout au long de l’apprentissage des étudiants incluant des modalités de signalement anonyme en cas de pression exercée sur un étudiant.
  • Lancer une étude auprès de tous les étudiants afin d’évaluer l’importance de cette pratique dans chaque faculté.
  • Adopter des mesures correctives en concertation avec les CHU.
  • Désigner un médiateur par faculté, véritable point de contact entre la faculté et les étudiants pour leur permettre de rapporter toute situation où les droits des patients ne sont pas respectés.
  • Former les médecins formateurs à l’enseignement du respect du consentement des patients, notamment lors des touchers intimes.
  • Sanctionner systématiquement tout universitaire qui tiendrait publiquement des propos justifiant le non-respect de la loi Kouchner sur le consentement notamment les touchers intimes sans consentement.
  • Entreprendre systématiquement une enquête quand des faits de cette nature sont révélées par le public ou par les étudiants eux-même et sanctionner les médecins formateurs.

J’appelle également l’Ordre des médecins et les sociétés savantes à :

  • Publier des recommandations rappelant l’importance du consentement des patients, en s’inspirant si nécessaire de la façon dont les autres professionnels qui n’ont pas accès à des patients endormis, se forment et demandent le consentement au cours des stages (sages-femmes, kiné).
  • Demander l’obtention du consentement à l’écrit pour tout toucher intime entrepris par des étudiants sur des patients sous anesthésie. Cette recommandation existe déjà à l’étranger, comme au Royaume Uni par exemple.
  • Sanctionner systématiquement tout médecin inscrit à l’Ordre qui tiendrait publiquement des propos justifiant le non-respect de la loi Kouchner sur le consentement notamment touchers intimes sans consentement.
  • Entreprendre systématiquement une enquête quand des faits de cette nature sont révélées par le public ou par les étudiants eux-même et sanctionner les médecins formateurs.

Les viols à l’hôpital sous couvert d’apprentissage doivent cesser et appartenir au passé.


Quelques témoignages trouvés sur Facebook entre 2015 et 2016


Le reportage de la BBC sur le #TVsousAG en France.

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