Enseigner l’homéopathie à l’Université est illégal

Les plaintes pleuvent. En Mars, 124 médecins ont publié une tribune incisive pour dénoncer l’utilisation des pseudo-sciences en médecine. Une pseudo-science en particulier a centralisé leurs attaques : l’homéopathie. Plusieurs syndicats d’homéopathes, offusqués par la forme jugée irrespectueuse, ont alors décidé de porter plainte devant les instances disciplinaires de l’Ordre des Médecins. Leur angle d’attaque ? Le défaut de confraternité. Une attaque sur la forme pas sur le fond. Entre temps, un événement, que certains auront jugé anodin, a attiré mon attention: Et si l’enseignement de l’homéopathie à l’Université était illégal ?

L’Ordre demande l’appel à un ami
Après la Tribune et surfant sur le buzz, les 124 médecins vont mettre la pression sur leur Ordre professionnel.  Celui-ci va finalement s’exprimer et botter en touche en affirmant qu’il n’est pas de ses compétences de juger du caractère scientifique de l’homéopathie. Il refilera alors habilement le bébé à l’Académie de Médecine : “Merci de me dire si l’homéopathie est une pratique scientifique confrères académiciens !”

Bon, on connaissait déjà la réponse. L’Académie de Médecine s’était déjà prononcée en 2004. L’Académie avait massacré la pratique de l’homéopathie.

Je soupçonne néanmoins l’Ordre des Médecins d’avoir voulu s’appuyer sur un avis plus récent pour prendre sa décision.

L’Académie de Médecine confirme son avis 
La réponse de l’Académie française de Médecine ne va pas tarder. Surtout que depuis 2004, de nombreuses Académies de Médecine, de Pharmacie et/ou de Sciences à travers le monde ont déclaré l’homéopathie contraire à la science. Récemment, le Comité de Lutte contre les pseudosciences de l’Académie des Sciences de Russie avait qualifiée l’homéopathie de pseudoscience.

En Mai 2018, l’Académie Française de Médecine réitère en toute logique sa prise de position et conclut à nouveau que l’homéopathie n’a, je cite, “aucun fondement scientifique”. Et hop, on renvoie la balle dans le jardin de l’Ordre des Médecins : “A vous de jouer chers confrères !”

L’Ordre désapprouve la pratique de l’homéopathie et…s’adresse aux Universités
En Juin, l’Ordre publie une mise au point sur son site. La charge contre l’homéopathie est inédite. Sans condamner la pratique, l’Ordre rappelle la nécessité d’une information éclairée sur le type de pratique et l’obligation de ne pas présenter comme efficace des traitements non conventionnels.  Avec cette position, l’Ordre n’interdit pas expressément l’homéopathie. Mais il indique à ses pairs qu’ils doivent informer le patient de l’absence d’efficacité de ce type de traitement (principe de l’information éclairée) : “Cher patient, je vais vous donner un médicament inefficace, je souhaite jouer l’effet placebo”.

Lors de la conférence de presse, le Président de l’Ordre ajoutera une demande visant les universitaires en leur demandant d’en tirer les conséquences. Le Président de l’Ordre évoque, sans le dire, les Diplômes Universitaires (DU).

Certains y on vu un tacle adressé au milieu universitaire. Mais à mon sens, le Président de l’Ordre a surtout mis le doigt sur un point sensible: “Est-il légal pour une Université d’enseigner l’homéopathie ?”

Car là est le sujet. La polémique n’est pas scientifique. Elle est juridique. La science ? Elle a déjà tranché. Et depuis longtemps. L’homéopathie est une pseudo-science. Period !

Le Droit, par contre, n’a pas encore pris position.

Les 124 demandent le respect de l’article 39 du Code de Déontologie.
Cet article interdit le charlatanisme dans la profession. Rappelons la définition du charlatanisme dans le dictionnaire : “l’art d’exploiter la crédulité”. Dès lors que les Académies de Médecine ont affirmé que l’homéopathie n’avait aucun fondement scientifique et ne reposait que sur des croyances, les 124 ont appelé au respect de l’article 39. Puisque l’homéopathie est une croyance et puisque l’homéopathe exploite la crédulité publique pour en tirer un profit, les 124 ont considéré (à juste titre selon mon opinion) que cette pratique était interdite par cet article.

Les syndicats d’homéopathes contestent. Et invoquent en retour l’absence de confraternité (article 56) pour justifier leur plainte sur la forme.

Nous sommes face à un débat juridique. Et juridique seulement. Par exemple, quand on demande aux pharmaciens de ne plus vendre d’homéopathie, il est important de rappeler pourquoi la législation les en empêche. Le terrain est juridique. Pas scientifique.

Alors quand je pose ma question “Les universités ont-elles le droit d’enseigner et de promouvoir une pseudo-science ?”, j’aborde cette question du point de vue du Droit. Et, mon analyse me laisse à penser que la réponse est : NON ! Enseigner l’homéopathie à l’Université est illégal.

Le Code de l’Education consacre l’enseignement de la science !
L’Université est soumis au Code de l’Education. Ce dernier fixe les missions de l’enseignement supérieur à l’article L123-3.


La mission des Universités est limpide : diffuser la culture et l’information scientifique. Cette mission est incompatible avec l’apprentissage et la promotion d’une pratique qualifiée de pseudo-sciences. En déclarant l’homéopathie sans fondement scientifique, l’Académie de Médecine a enlevé toute base légale à la présence de l’enseignement de l’homéopathie à l’Université.

Et cet article n’est pas le seul à consacrer la science comme fondement de l’enseignement et des missions de l’Université. Par exemple, l’article L123-2 dispose que l’Université “contribue à l’élévation du niveau scientifique, culturel et professionnel de la nation et des individus qui la composent”. Former des étudiants pour en faire des homéopathes qui feront la promotion d’une pseudo-science ne contribue pas, de mon point de vue, à élever le niveau scientifique des français. Bien au contraire.

L’article L123-5 dispose que l’Université “offre des formations à la fois scientifiques, culturelles et professionnelles”. Comment j’interprète cet article ? Comme ça : “Désolé l’homéopathie, il faut nous laisser maintenant”.

Je peux également évoquer l’article L123-8. Il dispose que la formation des futurs enseignants universitaires “est à la fois scientifique et pédagogique”. Scien-ti-fique. Donc les thèses d’homéopathie, cela n’a rien n’a faire non plus à l’Université. Comme par exemple, la thèse d’université d’une étudiante du Professeur Seralini. Cette thèse étudiait la possibilité de “détoxiquer” le Roundup présent dans le corps grâce à un remède homéopathique.

En conservant l’homéopathie dans son offre pédagogique, une Université outrepasse ses missions. Une association d’étudiants (ou même un simple étudiant) serait fondé à exiger la cessation immédiate de ces formations et en cas de refus, de saisir le Tribunal administratif.

Sur son site Internet, le Syndicat National des Médecins Homéopathes Français (SNMHF) liste 13 facultés de Médecine proposant des Diplômes Universitaires en Homéopathie. Il y a donc au moins 13 facultés en France qui délivrent des Diplômes d’Etat de pseudo-sciences qui entrent en contradiction avec les missions fixées par le Code de l’Education.

Et je n’oublie pas les Facultés de Pharmacie. L’homéopathie a été intégré au tronc commun de la formation des pharmaciens d’officine et son enseignement est sanctionné par un examen.

Dans ce billet, je disais : l’homéopathie n’a rien à faire en Pharmacie. Aujourd’hui, j’étends mon affirmation. L’homéopathie n’a rien à faire à l’Université, il est temps de l’en éjecter. Elle et toutes les autres pseudosciences qui s’y sont invitées sans y être autorisées par le législateur.

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